ALDE BATERA / PAS DE CÔTE
Entre octobre 2025 et mars 2026, j’ai accompagné l’association RESO (Recyclerie Éco Solidaire d’Ossau), à Arudy, en vallée d’Ossau, dans le cadre d’un DLA (Dispositif Local d’Accompagnement). Retour d’expérience.
Le contexte
RESO agit pour le réemploi et la sensibilisation à la réduction des déchets. Créée en 2021, l’association s’appuie sur un bénévolat nombreux et fidèle, une adhésion locale large, et une implantation physique reconnue comme un atout par ses partenaires. Comme beaucoup de structures nées de l’engagement bénévole, elle grandit très vite sous l’impulsion de la co-fondatrice, Chrystel Delattre. Au moment où débute la mission, l’association traverse une fermeture prolongée liée à un déménagement et à des contraintes de sécurité au sein du pôle d’activité Laprade. Cette situation a fragilisé la relation avec les services de la CCVO (Communauté de Communes de la Vallée d’Ossau). Le Bureau de l’association éprouve un vrai sentiment de ragilité et une difficulté à se projeter.
La mission
La commande initiale portait sur trois axes : le projet associatif et sa stratégie, l’analyse du fonctionnement de la recyclerie, la structuration interne — gouvernance, bénévolat, fonction employeur.
La méthode s’est organisée en plusieurs temps : des sessions de travail par activités (logistique, accueil-vente…) pour objectiver le fonctionnement réel de l’association, un travail collectif sur le sens du projet, une cartographie progressive des missions et des responsabilités.
Le retrait de la fondatrice au bout de quelques semaines a eu impact sur la mission qui a dû changer de nature : passer d’un accompagnement stratégique programmé à un accompagnement de stabilisation, au plus près d’un collectif privé de son point d’appui. C’est une réalité fréquente de ce métier : s’adapter à l’évolution des collectifs humains !
Ce qui a avancé
Notre accompagnement a permis :
- La mise en place d’une gouvernance plus partagée, avec une montée en responsabilité de chaque membre du Bureau, la mise en place d’une co-présidence à trois, avec évolution des statuts ; un organigramme du bénévolat, avec des référents identifiés entre responsabilités associatives et techniques (pilotage des activités)
- Une consolidation de la fiche de mission pour recruter un.e coordinateur.trice, ce DLA étant positionné à la demande de la Région avant ce recrutement (et l’aide AMPLI) pour bien structurer l’association.
- Une vision stratégique et une feuille de route par axes et missions, des priorités à court et moyen/long terme,
- Un partenariat renouvelé avec la CCVO : jusque-là informel, ils s’est transformé au fil de la mission : une vraie relation de confiance s’est construite entre l’association et la collectivité, là où le dialogue restait auparavant fragile et largement improvisé.
La recyclerie a rouvert ses portes dès la fin 2025, et aura récolté jusqu’à aujourd’hui dix-neuf tonnes de matériaux réutilisables. Un volume d’activité qui traduit un vrai succès local, dans une vallée d’environ 10 000 habitants où l’association compte jusqu’à 1000 foyers adhérents.
Une nouvelle coordinatrice a rejoint l’équipe en avril.
La trajectoire de l’association, fragile au départ, s’en trouve aujourd’hui confortée. Une mission complémentaire est envisagée en septembre 2026 pour consolider les outils de pilotages entre la nouvelle salariée et le Bureau.
Quelques enseignements, au-delà de RESO…
Ce qu’une recyclerie recycle le mieux, ce n’est pas toujours la matière : c’est parfois sa propre gouvernance ! Répartir des responsabilités qui reposaient sur une seule paire d’épaules, construire une co-présidence à plusieurs voix, transformer une dépendance en collectif de référents : c’est le même geste que celui qui donne une seconde vie à un objet, appliqué cette fois à l’organisation elle-même.
Un accompagnement DLA doit savoir devenir, sans l’avoir prévu, un accompagnement de crise. La feuille de route initiale n’est qu’une hypothèse de travail. Ce qui fait la valeur d’un accompagnement, ce n’est pas sa fidélité au plan de départ, mais sa capacité à rester utile quand ce plan cesse de correspondre à la réalité du terrain.
Ce qui ne s’écrit jamais dans un livrable est parfois ce qui a le plus compté. Tenir une présence régulière dans l’incertitude, accompagner une nouvelle gouvernance dans l’urgence, redonner confiance à un collectif de bénévoles inquiets pour l’avenir du lieu : rien de tout cela ne se documente proprement. C’est pourtant souvent là que se joue la vraie valeur ajoutée d’un accompagnement.

