Le 25 mars dernier, à Arkinova (Anglet), une vingtaine d’acteurs publics et privés du secteur du bâtiment se sont réunis pour lancer officiellement l’étude d’opportunité visant à créer une plateforme territoriale de réemploi des matériaux de bâtiment. Cette initiative, portée par la coopérative Patxa’ma (et dont j’assure, avec BIDEAN, une mission d’AMO), marque une nouvelle étape dans la structuration d’une filière encore émergente, mais désormais stratégique face aux enjeux environnementaux et réglementaires.
Une genèse ancrée dans l’expérimentation
À l’origine du projet, Patxa’ma, acteur pionnier du réemploi sur le territoire depuis 2019. Après plusieurs années consacrées à tester des méthodes de déconstruction, de reconditionnement, à lever des freins techniques ou assurantiels, la SCIC Patxa’ma souhaite contribuer à un passage à plus grande échelle du réemploi.
Le constat est partagé : pour massifier le réemploi, les initiatives isolées ne suffisent plus. Il faut désormais des outils collectifs capables d’organiser les flux de matériaux à une échelle territoriale. La création d’une plateforme apparaît ainsi comme une réponse structurante, pensée non pas comme un projet individuel, mais comme un bien commun au service de tous les acteurs, publics (collectivités, bailleurs sociaux….) et privés (entreprises du BTP…).
Des enjeux majeurs pour le secteur du bâtiment
Le contexte réglementaire renforce l’urgence d’agir. Avec la loi AGEC et la mise en place de la filière REP PMCB, le réemploi est appelé à se développer. Pourtant, aujourd’hui, moins de 1 % des matériaux issus du bâtiment sont réemployés, loin des objectifs nationaux fixés à 4 % d’ici 2027.
Plusieurs défis ont été identifiés lors du comité partenarial :
- Massifier les volumes : les acteurs actuels ne peuvent absorber seuls les flux à venir.
- Structurer des espaces physiques : stockage, tri, reconditionnement et redistribution nécessitent des infrastructures adaptées.
- Sécuriser les débouchés : sans visibilité sur la demande, notamment via la commande publique, les modèles économiques restent fragiles.
- Améliorer l’accès aux gisements : la disponibilité rapide de matériaux conditionne l’engagement des maîtres d’ouvrage.
- Changer les pratiques et les perceptions : le réemploi souffre encore d’une image dégradée et de freins culturels dans le secteur.
Dans ce contexte, la future plateforme devra répondre à un double objectif : organiser les flux de matériaux tout en sécurisant les conditions économiques de la filière.
Une dynamique territoriale déjà à l’œuvre
L’un des enseignements majeurs de cette première rencontre est la richesse de l’écosystème local. De nombreuses initiatives existent déjà : accompagnement des acteurs, formation, projets pilotes, recherche et développement, ou encore expérimentations concrètes de réemploi.
Cette diversité constitue un atout majeur. Elle permet d’envisager une plateforme qui ne remplace pas les initiatives existantes, mais les articule entre elles dans une logique de complémentarité.
Les participants ont ainsi convergé vers une vision commune : une plateforme territoriale ne sera pas un lieu unique, mais un système multi-niveaux, combinant :
- des acteurs locaux de proximité (matériauthèques, structures de l’ESS, entreprises),
- un ou plusieurs sites centraux pour massifier et redistribuer les flux,
- des filières spécialisées capables de traiter certains matériaux à plus grande échelle.
Les enseignements clés du comité partenarial
Trois idées fortes se dégagent des échanges du 25 mars :
- Une gouvernance collective indispensable
Le projet devra être co-construit et partagé entre acteurs publics et privés. L’objectif est d’éviter une appropriation par un acteur unique et de garantir un équilibre territorial.
- Un modèle adapté à un territoire multipolaire
Contrairement aux grandes métropoles, le territoire sud-aquitain est composé de bassins de vie dispersés. La plateforme devra donc s’appuyer sur un modèle « fractal », capable de relier des initiatives locales tout en assurant une coordination globale.
- Le rôle central des données et de la planification
Le dimensionnement du projet repose sur une meilleure connaissance des flux de matériaux, des marchés à venir et des gisements disponibles. Les travaux en cours permettront d’objectiver ces besoins et d’orienter les choix futurs.
Une ambition est une feuille de route
L’ambition est claire : faire émerger une plateforme capable d’accompagner le changement d’échelle du réemploi, tout en s’inscrivant durablement dans les réalités économiques et géographiques du territoire.
L’étude se déploiera en plusieurs étapes sur l’année 2026 (diagnostic territorial, benchmark national, définition du modèle économique et de la gouvernance) en vue d’une phase pré-opérationnelle en 2027.
LES PARTENAIRES MOBILISES
Le comité du 25 mars a réuni 26 structures représentatives de l’ensemble de la chaîne de valeur du bâtiment et du réemploi (en présentiel, photo de une, et par visio) :
- Collectivités et institutions publiques : Région Nouvelle-Aquitaine, Département des Pyrénées-Atlantiques, Communauté d’agglomération Pays Basque
- Acteurs économiques : entreprises du BTP, fédérations professionnelles, chambres consulaires
- Bailleurs sociaux : Office 64, HSA, COL
- Structures de l’économie sociale et solidaire : coopératives, associations de réemploi, réseaux d’accompagnement
- Organismes techniques et de recherche : bureaux d’études, architectes, urbanistes, centres de ressources
- Éco-organismes et acteurs de la filière déchets
Cette mobilisation large illustre la volonté partagée de construire une filière territoriale du réemploi, à la fois structurée, collaborative et ancrée dans les réalités locales.


