Grandir au pays : nos enfants, notre avenir

©Julien Magre : le photographeporte un regard tendre et profond, notamment sur l’enfance, la famille…]

*CHRONIQUE PARUE DANS L’HEBDOMADAIRE MEDIABASK DU 22 JANVIER 2026

Une rencontre transfrontalière sur la petite enfance (0-3 ans) a eu lieu récemment. Un sujet majeur pour les futurs élus municipaux.

Le 9 décembre dernier à Hendaye avait lieu la première rencontre transfrontalière des professionnels de la petite enfance, à l’initiative des communes d’Urrugne, Hendaye et Biriatou, qui ont souhaité relocaliser et mutualiser leurs outils. J’ai eu le plaisir d’en animer les débats. Les acteurs du nord et du sud du Pays Basque ont partagé les mêmes constats : dans une société à la fois plus individualiste et complexe, les jeunes parents sont déboussolés. Les professionnels sont souvent désemparés, face à des dispositifs de plus en plus réglementaires alors que le besoin est qualitatif : écouter, prendre soin, faire du sur-mesure…

Tout se joue dans les premiers mois de la vie : il nous faudrait investir massivement pour aider nos plus jeunes à grandir harmonieusement, plutôt que de dépenser plus tard pour réparer… parfois l’irréparable.

L’exercice comparatif entre la politique publique déployée en France et celle en Euskadi (côté espagnol) a permis de tirer des enseignements riches. Deux systèmes coexistent sur un bassin urbain transfrontalier d’environ 110 000 habitants.

Au Pays Basque Nord, côté français, l’action publique sur la petite enfance est mise en œuvre par les communes ou (par délégation) les intercommunalités (ici, l’Agglomération Pays Basque), mais elle est décidée à Paris par l’État et son bras armé la Caisse d’allocations familiales (CAF). Une approche nataliste – héritage des politiques familiales dessinées après-guerre – protectrice, sanitaire, répondant à l’équilibre entre vie familiale et vie professionnelle. Mais, pour la première fois, l’Hexagone connaît une crise de sa natalité…

Cette crise est bien plus ancienne dans l’État espagnol. Pour autant, l’approche politique est tout autre à l’échelle de la Communauté autonome basque (Euskadi). Si au nord de la Bidassoa on parle de protection infantile, au sud il s’agit d’éducation infantile. Inspirée par ce qui se fait en Europe du Nord, le gouvernement basque intègre la petite enfance dans sa politique d’éducation. Il a créé un véritable service public de la petite enfance (Haurreskolak) qui complète l’offre des communes en termes de crèches, et permet d’aller à l’école dès 2 ans. Une approche plus universaliste que le système français : gratuité, accueil de tous les enfants quels que soient leurs origines et leur lieu de vie, y compris venant du côté français (ce qui n’est pas le cas dans l’autre sens). Une politique centrée autour de l’enfant et de son devenir, pour l’aider à se construire dans son environnement. La directrice du Consorcio Haurreskolak, Irune Muguruza Mendarte, a même parlé de “développement intégral de l’enfant”. La réflexion sur la parentalité positive (gurasotasuna positiboa, en basque) a été abordée par le chercheur de Bilbao, Enrique B. Arranz Freijo : une approche holistique de la parentalité et du développement de l’enfant.

Côté français, l’accompagnement à la parentalité est questionné, alors que face à des parents démunis, les professionnels doivent apporter plus de repères et de cadres. Présente à Hendaye, l’anthropologue Fadoua Roh a convenu de la posture délicate des professionnels, entre pressions sociales et injonctions publiques. Le débat sur le sujet a permis d’esquisser une voie du milieu, entre besoin de rituels et approche élargie de la famille. Fadoua Roh a insisté sur le rôle majeur des professionnels pour valoriser la diversité comme une véritable ressource.

Le territoire transfrontalier apparaît au fil de la rencontre comme un laboratoire de cette pluriculturalité : une vingtaine de langues se pratiquent entre Hendaye et Irun, autour des trois langues territoriales. Selon Fadoua Roh, “la reconnaissance de la langue maternelle est structurante dans le développement cognitif et socioaffectif de l’enfant : elle construit un rapport apaisé à la pluralité, une capacité d’adaptation dans la vie, d’écoute, de considération de l’autre”.

Les acteurs présents à Hendaye sont ressortis enthousiastes de cette rencontre avec l’espoir de dessiner un modèle local de la petite enfance, adapté à la diversité culturelle transfrontalière, prenant le meilleur des deux systèmes, faisant de la culture et de langue basque un trait d’union innovant. L’avenir montrera si cette initiative transfrontalière pourra se concrétiser en expérimentation, pour faire, ici, l’Europe du quotidien. 

Pour en savoir plus sur le bilan de la rencontre transfrontalière : ici